De Lhassa a Katmandou


 

4 octobre : arrivee a Lhassa

A notre arrivée, nous sommes attendus par notre guide Sting et notre chauffeur. Nous sommes vite rassurés : Sting est un Tibétain authentique est pratiquant, il a vecu en exil en Inde ou il a fréquente l'école du Dalai Lama. Il a decide de revenir dans 'son pays' ou il travaille maintenant comme guide.
Très vite nous établissons une relation de confiance avec lui et comprenons quelles difficultés rencontrent ce peuple opprimé. Ils nous raconte comment il a vu l'armée tirer sur le peuple et les gens mourir devant ses yeux il y a quelques mois en pleine rue... on lit dans ses yeux le besoin de raconter aux quelques touristes de passage (ils ne semblent pas nombreux, et il a peu de travail en ce moment).
Il nous dit de ne pas sortir de l'hotel seuls le soir et qu'il nous accompagnera toute la journée ; nous comprenons vite pourquoi, l'armée chinoise est à chaque coin de rue, pointant leur arme, et portant les casques comme en pleine guerre civile, nous avons l'étrange sentiment d'etre en pays occupé, ce qui est proche de la réalité !

 
dimanche 5 octobre 2008 : Lhassa 3700m d'altitude
C'est assez pour ressentir quelques symptomes du mal des montagnes ; on a assez mal dormis, on s'essoufle très vite (alors qu'on ne fume plus !), on se déplace en ayant l'impression de faire le double de notre poid, et on ressent des maux de tete constants... il va pourtant falloir s'y habituer ! en buvant beaucoup et en se reposant assez ça devrait passer !
On est en fait un peu content d'avoir ici une vraie chambre d'hotel ; c'est à dire un vrai grand lit, une salle de bain privée avec de vraies serviettes éponge, et meme la télé (meme si on n'y comprend rien...).
Notre guide vient nous chercher à 9h et nous entamons la journée par la visite du Potala, jadis le siège gouvernemental tibétain et résidence d'hiver du dalai lama, aujourd'hui étrange coquille vide... depuis la révolte des moines il y a quelques mois, ils ont tous disparus (en prison, voire pire !)
Seul le palais rouge (au sommet de l'édifice) ou se déroulent les activités religieuses est ouvert aux visiteurs.
Nous assistons aux offrandes des pélerins tivétains et chinois : katag (écharpes rituelles que nous avons nous memes reçu en cadeau a notre arrivée), argent, beurre de yak, et selon le boudha vin, lait ou eau.
 
 

Notre guide se révèle très cultivé et nous aide à faire la part des choses entre ce qui est original et ce qui a été retravaillé, redécoré, voire réécrit par le gouvernement chinois.
Après le repas, nous nous dirigeons vers le monastère de Drepung et de Nechung, qui fut autrefois la plus grande cité monastique du Tibet voire du monde avec 7000 moines. Récemment il abritait encore 700 moines, aujourd'hui désert il n'en compte plus qu'une quarantaine parmi les plus agés. En effet ses moines ont toujours milité pour l'indépendance du Tibet et on joué un role important dans les évènements récents. C'est donc encore un lieu splendide mais désert et triste que nous découvrons.
 
 
Nous regagnons ensuite la ville, et découvrons les ruelles animées et commerçantes du quartier tibétain, et c'est un vrai délice ! la vie ici continue malgré l'encadrement militaire, et les tibétains sont ouverts et gentils, ce peuple force l'admiration !
 
Nouveaute : allez voir nos videos sur le lien suivant :
lundi 6 octobre 2008 : la terre tremble à Lhassa...
Nous consacrons la matinée à la visite du palais d'été des dalai lamas (Norbulingka). C'est un endroit très calme, verdoyant, un peu à l'écart de la ville. Très coloré, le palais comprend de nombreuses chapelles (à chaque dalai lama est dédiée une pièce propice à la meditation, voire un tombeau surmonté d'un stuppa, la plupart repose au Potala). Nous visitons également les appartements du 14ème et actuel dalai lama avant son départ en exil en 1959. Le palais est aujourd'hui un musée sans vie controlé et remodelé par le gouvernement chinois, un de plus !
Nous poursuivons par la visite du temple de Jokhang, autrement plus interessant !
Centre névralgique du quartier tibétain (le Barkhor), tout est organisé en cercle à partir de ce point.
Haut lieu de pélerinage, les fidèles gravitent dans les ruelles animées et commerçantes qui l'entourent toujours dans le sens des aiguilles d'une montre ; ou se prosternent devant les murs du temple avec une impressionnante ferveur.
On se laisse facilement emporter par cette vague humaine qui anime le quartier. Stands, boutiques et marchands ambulants jalonnent le circuit et nous nous laissons emporter à dépenser quelques yuans (les articles sont de bien meilleure qualité et meilleur marché que tout ce que nous avons vu jusqu'à présent) : chale en pashmina, t shirt, porte bonheur tibétain, bracelet, poignée de porte en dragon... Nous croisons dans ces ruelles les différents groupes de tibétains traditionnels, venus de loin pour prier ici.

Tandis que nous déambulons seuls dans les ruelles annexes et découvrons la vie du quartier, nous sommes soudain surpris par un bruit assez terrifiant venant du sol ; au meme moment des groupes entiers sortent des batiments environants et se mettent à courir... en quelques secondes nous nous mettons aussi à courir car nous pensons d'abord que le batiment que nous longions va s'écrouler (en cause les travaux dans le batiment voisin) et nous nous en éloignons au plus vite, quelle poussée d'adrénaline ! Nous apprendrons plus tard qu'il s'agissait d'un tremblement de terre de magnitude 6.6 !
Phénomène assez rare ici, ils y sont peu préparés et c'est un peu la panique.
Nous ne dormirons qu'après 1h du matin car des répliques étaient annoncées entre 10H30 et minuit (en fait elles auront bien lieu, mais plus tard pendant notre sommeil!)
Mardi 7 octobre 2008 : départ par la route de l'amitié
Nous quittons Lhassa définitivement non sans une pointe de nostalgie ; la ville nous aura émus à bien des égards.
Nous prenons de l'altitude par une route en lacet, et atteignons 4794 m au col de Kampa La. De là nous avons une vue imprenable sur le lac de Yamdrok Tso et ses eaux turquoises (à 4488m).

Nous contournons le lac, en direction de Gyantse ou nous passerons la nuit à 3990m. Il semble que nos corps se sont plutot bien habitués car nous ne sentons plus les effets néfastes liés à l'altitude (seul l'essouflement pendantl'effort).
Gyantse est une bourgade plutot paisible, ou on ne perçoit pas trop l'influence chinoise. Nous visitons le Dzong, ancien fort duquel nous avons une très belle vue sur la vallée.
Mercredi 8 octobre 2008 : de Gyanste à Shigaste à travers les monastères boudhistes
En route, nous nous arretons au monastère de Shalu, très peu fréquenté (en raison de l'état de la route pour s'y rendre) et donc très paisible.
Nous arrivons à Shigatse peu après midi. 2eme ville du Tibet, son fort ressemble au Potala, la ville abrite le siège du panchen lama (2ème personnage de la hiérarchie du boudhisme tibétain) dans le monastère de Tashilhumpo. L'actuel panchen lama étant pro chinois, le monastère a conservé ses 400 moines, et il est l'un des plus visité.
Nous finissons la journée par un tour de la ville avant de manger un délicieux curry !
Jeudi 09 octobre 2008 : de Shigatse à Tingri
Nous quittons Shigatse et faisons halte à Sakya pour visiter le monastère de Sakya, encore un ! cette fois ce n'est plus l'ordre des Gelugpa (bonnets jaunes) mais des sakyala (bonnets rouges). Les moines ont ici le droit de se marrier, de boire de l'alcool et manger de la viande. Leurs bouddhas diffèrent aussi en apparence.
En route, nous apercevons soudain le majestueux mont Everest et ses 8848 m.
 
Nous passons la route menant au camp de base et recontrons un grand nombre de groupe de cyclistes sur la route de l'amitié (celà nous donne des idées pour le futur !). Nous roulons jusque Tingri ou nous passons la nuit à 4390m, village très poussiéreux ou les nuits sont fraiches (notre eau resté dehors est entièrement gelé le lendemain matin), surtout sans chauffage ! Nous dormons dans une guesthouse plutot sommmaire (ni douche, ni toilettes ni eau courante,) juste une pièce avec 2 lits dans une cour carrée, on s'était habitué aux doubles avec baignoire et tv ces derniers jours !
Vendredi 10 octobre 2008 : dernier jour au Tibet
Nous entamons le dernier tronçon de la route de l'amitié, proobablement le plus intéressant !

Nous nous levons avec le soleil sur l'Everest, accompagnés par les chants militaires chinois de la caserne voisine (aucun répit, meme à l'aube glaciale !). Nous prenons la route et traversons les paysages himalayens en cette matinée. Dernier passage à plus de 5000m au col de Tong la (5120 m), la route bétonnée est devenue piste ultra poussièreuse et tous les ponts ont été cassés par les torrents formés par la saison des pluies (finie en septembre).
Nous comprenons aujourd'hui la nécessité de rouler en 4x4 ! L'asphaltisation de la route de l'amitié devrait prendre fin en 2009. L'après midi, nous n'en finissons plus de descendre et atteignons une vallée luxuriante qui contraste pleinement avec les hauts plateaux désertiques que nous avons traversés.
La descente sur Zhangmu (ville frontière) est impressionnante. La route est littéralement à flanc de montagnes et rencontre tous les dangers : éboulements, protections qui cèdent sous les cascades au dessus de nos tetes, lacets dangereux... Dans la ville ou nous passerons la nuit avant de franchir la frontière népalaise, nous découvrons déjà toutes les odeurs de curries et d'encens qui appellent au sous continent indien. La ville est un melting pot culturel : Tibétains cotoient Chinois, Népalais, Indiens, Sherpas... et nous offre une végétation tropicale, une véritable invitation pour la suite du voyage !
 Vue de Zhangmu
 
La descente sur Zhangmu (ville frontière) est impressionnante. La route est littéralement à flanc de montagnes et rencontre tous les dangers : éboulements, protections qui cèdent sous les cascades au dessus de nos tetes, lacets dangereux... Dans la ville ou nous passerons la nuit avant de franchir la frontière népalaise, nous découvrons déjà toutes les odeurs de curries et d'encens qui appellent au sous continent indien. La ville est un melting pot culturel : Tibétains cotoient Chinois, Népalais, Indiens, Sherpas... et nous offre une végétation tropicale, une véritable invitation pour la suite du voyage !

Emotions tibétaines
Nous resterons marqués à jamais par les regards de ce peuple, à la fois tristes, opprimés, mais jamais résignés, les mots qu'ils nous glissent discrètement, les mains qu'ils nous tendent.. Que dire de cette vieille dame qui me prend la main en pleine rue dans le quartier du Barkhor à Lhassa, la serre, la pose sur sa joue en me glissant des 'no china', et semble nous supplier  de témoigner, de dire ce que nous voyons, les yeux plein d'espoir... quelle prise de risque alors que l'armée sillonne ce quartier sensible.
Nous comprenons alors que nous sommes leur seul espoir, leur lien avec l'extérieur (eux ne peuvent vogager et la censure controle toutes les informations sortantes). C'est le combat de 2 millions de personnes ayant comme seule arme leur spiritualité contre plus d'un milliard armés jusqu'au dent et prets à tout pour écraser l'identité tibétaine.
Les droits les plus élémentaires sont baffoués : les tibétains ne peuvent voyager à l'étranger (sauf les pro chinois) et aucun visa ne leur est délivré, rendant tout voyage illégal, un périple au péril de leur vie (à l'image de notre guide qui a marché 2 mois durant à travers montagnes et jungle pour atteindre l'Inde, s'alimentant d'herbe et autre végétation).

Que penser d'une armée qui ouvre le feu sur des moines pacifistes ? aujourd'hui les moines se font rares dans les monastères là ou ils étaient quelques milliers il y a quelques mois...

Le Tibet est une zone occupée, l'armée est absolument partout, brandissant leurs armes, rechargeant leurs munitions, ils exercent une pression constante sur la population, en maintenant une atmosphère de peur. Actuellement au Tibet, il y a plus de soldats chinois que de vrais Tibétains ! Lhassa est encerclée par des camps militaires et la ville se reveille au son des chants nationalistes des militaires.

Le gouvernement chinois entretient la corruption. Ainsi nous apprenons que les moines que nous croisons autour de Lhassa sont rarement de vrais moines et sont en fait des espions. Les mariages mixtes sont encouragés, voire récompensés.
Le plus révoltant de tout est le pillage culturel et la 'chinoisisation' du Tibet.

L'immigration des chinois hans s'accélère (nottamment grace au nouveau train) et est largement subventionnée. Ainsi beaucoup de commerces auparavant tenus par des tibétains sont passés aux mains des Chinois.
L'environnement des monastères et palais est retravaillé dans un style plus chinois (grande place bétonnée et déserte ou trone le drapeau chinois, monuments à la gloire de la Chine), en totale opposition avec le style original.

Tout le mobilier de l'intérieur des monastères et palais est discrètement copié tandis que les originaux sont envoyés à Pékin. Les immenses peintures murales dans les monastères racontent souvent l'histoire du Tibet, un Tibet libre, indépendant et puissant. Ainsi les chappelles qui dérangent le plus sont puremenf fermées, et l'histoire d'autres chappelles entièrement réécrites en faveur d'une éternelle amitié sino tibétaine...
Les photos de l'actuel dalai lama sont banies et son nom ne doit jamais etre prononcé.
Nous ne pouvons que nous sentir de plus en plus révoltés par le pillage culturel et l'oppression humaine et identitaire que subit le peuple tibétain...